Estimation de la surmortalité et principales caractéristiques épidémiologiques. Surmortalité liée à la canicule d'août 2003 : rapport d'étape

Résumé : La France métropolitaine a connu dans la première quinzaine d'août 2003 une vague de chaleur d'une intensité et d'une durée sans précédent dapuis le début des enregistrements météorologiques au 19ème siècle. Cette vague de chaleur s'est accompagnée d'une vague de surmortalité à court terme d'une importance également exceptionnelle : pour la seule journée du 4 août, près de 300 décès ont été observés en excès par rapport aux années précédentes ; l'excès a augmenté régulièrement et massivement jusqu'à atteindre, pour la journée du 12 août, plus de 2000 décès. A partir du 19 août et au cours de la semaine qui a suivi la mortalité quotidienne a retrouvé un niveau normal. Au total, le nombre cumulé des décès en escès par rapport aux années précédentes a été d'environ 400 le 4 août, 3900 le 8 août, 10600 le 12 août et 14800 le 20 août, soit une augmentation de 60% par rapport à la mortalité attendue. Sur la base des informations disponibles à cette étape, il est encore difficile de savoir s'il y a eu une augmentation de la mortalité des sujets de moins de 45 ans, l'estimation étant plus incertaine sur ces effectifs faibles. La surmortalité observée à partir de 45 ans est importante, croissante avec l'âge : +20% chez les sujets âgés de 45 à 54 ans, +40% chez les sujets âgés de 55 à 74 ans, +70% chez les sujets âgés de 75 à 94 ans et + 120% chez les sujets de 95 ans et plus. L'importante surmortalité observée entre le 1er au 20 août 2003 a concerné aussi bien les femmes que les hommes. Toutefois, la surmortalité observée chez les femmes (+70%) est sensebliement plus élevée que celle qui a été observée chez les hommes (+40%). La surmortalité a été particulièrement importante dans les régions Centre (+103%) et Ile-de-France (+134%), notamment dans l'agglomération parisienne : +127% à Paris, +147% dans l'Essonne, +161% dans les Hauts-de-Seine, +160% en Seine Saint-Denis et +171% dans le Val de Marne. L'analyse de la relation spatio-temporelle entre la surmortalité et le degré d'élévation de la température a permis de mettre en évidence une surmortalité du 1er au 20 août significative même dans les départements où le nombre de jours de canicule était faible. Cette surmortalité était plus élevée dans les populations des départements exposées à 2 à 5 jours de grande chaleur de ce type (+52%) et plus élevée encore dans les populations des départements exposées à 6 jours ou plus de grande chaleur(+83%). Les départements ont subi une surmortalité d'autant plus importante que le nombre de jours consécutifs avec des maximales supérieures à 35°C a été élevé. Ainsi, chez les sujets de 75 ans et plus, plus de 1200 décès ont été observés après 9 jours d'affilée dépassant 35°C. La srmortalité a ensuite décru progressivement après le retour des maximales au-dessous de 30°C. Nous avons également montré que les différents facteurs associés à la surmortalité - âge, sexe, degré d'urbanisation, durée de la canicule - agissaient de façon synergique. Les nombres de décès qui ont eu lieu à domicile et en maison de retraite ont été multipliés environ par 2 par rapport à leur valeur habituelle. Au total, 42% des décès en excès sont survenus dans des hôpitaux, 35% à domicile, 19% dans des maisons de retraite et 3% en clinique privée. L'interprétation de ces résultats doit être faite avec prudence dans la mesure où l'état de santé des sujets résidant ou transférés dans les différentes structures de soins varie et que ce facteur est déterminant pour expliquer le niveau de mortalité. Les augmentations de mortalité les plus importantes sont observées pour des causes de décès directement attribuables à la chaleur : déshydratation, hyperthermie, canicule. Viennent ensuite les maladies de l'appareil génito-urinaire et des maladies de l'appareil respiratoire. La plupart des autres causes de décès sont concernées par la surmortalité mais avec des progressions nettement moins marquées pour les tumeurs, pour les suicides et pour les accidents de la circulation. La canicule a fortement modifié la répartition habituelle de la mortalité par causes. Dans les décès en excès de 2003, les causes liées directement à la canicule représentent 28,9% du total des décès, proportion négligeable les années précédentes, alors que les tumeurs représentent 5,5% des décès, contre 30,4% dans la structure habituelle de la mortalité.
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Rapport
[Rapport de recherche] Institut national de la santé et de la recherche médicale(INSERM). 2003, 58 p., tableaux, graphiques, cartes, 13 références bibliographiques
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Soumis le : jeudi 3 août 2017 - 10:57:36
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Denis Hémon, Eric Jougla. Estimation de la surmortalité et principales caractéristiques épidémiologiques. Surmortalité liée à la canicule d'août 2003 : rapport d'étape . [Rapport de recherche] Institut national de la santé et de la recherche médicale(INSERM). 2003, 58 p., tableaux, graphiques, cartes, 13 références bibliographiques. 〈hal-01571634〉

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