Surmortalité liée à la canicule d'août 2003 : suivi de la mortalité (21 août - 31 décembre 2003), causes médicales des décès (1 - 20 août 2003)

Résumé : Analyses réalisées et leurs limitesLes observations réalisées sur les causes des 41 458 décès qui ont eu lieu du 1er au 20 août 2003 enFrance métropolitaine mettent en évidence les catégories de causes de décès les plus affectées parl'impact de la canicule, soit en terme de nombre de décès en excès, soit en terme d'accroissementrelatif du niveau de la mortalité habituelle et d'évolution de la structure des causes médicales dedécès.Nous avons présenté ici les observations réalisées sur des grands groupes de causes médicales dedécès et tenté de cerner les influences de l'âge, du sexe et du lieu de décès (hôpital-clinique,domicile, maison de retraite) sur l'accroissement de la mortalité observé.Nous n'avons par contre pas analysé, à cette étape, les modifications de la structure habituelle de lamortalité en fonction de l'intensité de la vague de chaleur qui a présenté de fortes disparitésgéographiques, reflétées par des disparités géographiques importantes de l'élévation de la mortalitégénérale.Les observations présentées sont basées à cette étape sur la seule cause rapportée comme initialesur le certificat de décès (une cause unique par décès) et ne prennent donc pas en compte l'ensembledes informations médicales figurant dans chaque certificat de décès. Ne sont donc pas présentées icide données caractérisant les associations entre causes de décès pour un même décès (analyse encauses multiples) ; par exemple, des données intégrant les pathologies déclarées simultanément auxmentions de déshydratation, hyperthermie ou coup de chaleur. Par ailleurs on peut penser que laconfiguration exceptionnelle de la mortalité durant la canicule a modifié non seulement la structurehabituelle des causes médicales de décès mais peut-être également les conditions de la notificationde ces décès par les médecins qui ont rempli les certificats de décès. Ces médecins ont eu à rendrecompte d'un processus morbide conduisant à la mort dans des conditions souvent inhabituelles etchez des sujets dont ils connaissaient probablement moins souvent les antécédents médicaux.L'analyse de la mortalité en causes multiples devrait permettre de cerner l'impact éventuel de tellesmodifications sur la structure de la mortalité.Principales observationsAu cours de la période du 1er au 20 août 2003, 41 458 décès ont été observés en Francemétropolitaine. L'analyse de leurs causes médicales, pour la population métropolitaine dans sonensemble, par classe d'âge, chez les hommes et chez les femmes, en fonction du lieu de décès(hôpital ou clinique, domicile, maison de retraite), met en évidence les points essentiels suivants :Causes médicales des décès en fonction de l'âge, chez les hommes et chez les femmes(1) Les excès de mortalité par cause statistiquement significatifs sont rares avant 45 ans, importantsentre 45 et 74 ans et très importants à partir de 75 ans. Chez les sujets âgés de moins de 45 ans, unesurmortalité, modérée, est observée uniquement chez les hommes. A partir de 45 ans, la surmortalitéest plus marquée chez les femmes.(2) Les causes médicales de décès qui ont le plus grand poids dans l'augmentation générale de lamortalité sont les causes directement liées à la chaleur (coup de chaleur, hyperthermie etdéshydratation : (+3 306), les maladies cardiovasculaires (+3 004), les symptômes et états morbidesmal définis (+ 1741), les maladies de l'appareil respiratoire (+1 365) et du système nerveux (+1 001).(3) Chez les sujets de moins de 45 ans, seules les causes de décès directement liées à la chaleur etles états morbides mal définis ont augmenté, et uniquement chez les hommes.(4) En fonction de l'accroissement relatif de la mortalité (O/E), on peut distinguer trois groupes decauses de décès chez les sujets de 45 ans et plus :- les causes directement liées à la chaleur (coup de chaleur, hyperthermie et déshydratation) dontl'augmentation relative a été massive (nombre de décès multiplié par 20 ou plus selon l'âge et le sexe),- les autres causes pour lesquelles la surmortalité a été extrêmement marquée : maladies du systèmenerveux, troubles mentaux, maladies de l'appareil respiratoire (incluant les pneumonies), maladiesinfectieuses, maladies de l'appareil génito-urinaire, maladies endocriniennes et états morbides maldéfinis,- la quasi-totalité des autres causes médicales a progressé mais d'une manière moins prononcée.(5) A partir de 45 ans, les progressions relatives des causes de décès sont toujours plus importanteschez les femmes que chez les hommes. Cette surmortalité féminine est statistiquement significative :- entre 45 et 74 ans pour les cancers du poumon et les morts violentes,- à partir de 75 ans pour les maladies infectieuses, génito-urinaires et cardiovasculaires.Causes médicales des décès en fonction des lieux de décès(1) En dehors des causes "directes" (coup de chaleur, hyperthermie et déshydratation), des maladiescardiovasculaires et des maladies respiratoires, pour lesquelles les excès de décès (O-E) sont lesplus marqués quel que soit le lieu de survenue du décès, les excès les plus importants sont observés :pour les cancers dans les hôpitaux et cliniques et pour les états morbides mal définis pour les décès àdomicile.(2) En dehors des causes médicales de décès qui ont présenté les progressions relatives (O/E) les plusimportantes quel que soit le lieu de décès (coup de chaleur, hyperthermie et déshydratation, maladies del'appareil respiratoire, du système nerveux, maladies infectieuses, maladies de l'appareil génito-urinaire,états morbides mal définis), certains contrastes dans la progression relative des décès apparaissent selonles lieux de décès :- augmentation moins importante dans les hôpitaux et plus importante dans les maisons de retraitepour les maladies cardiovasculaires,- progression moins élevée dans les établissements hospitaliers pour les troubles mentaux et étatsmorbides mal définis,Modifications majeures de la structure habituelle des causes médicales des décèsUn phénomène très spécifique à la canicule de 2003, non retrouvé dans les épisodes de caniculeprécédents en France (par exemple, effet de la canicule de 1976) est la fréquence des cas où lemédecin certificateur a déclaré en tant que cause initiale de décès, une cause directement liée à lasurvenue de la chaleur (déshydratation, hyperthermie, coup de chaleur). Le médecin certificateur avoulu ainsi indiquer que, même si la personne était âgée et porteuse de pathologies chroniqueslourdes au moment du décès, c'est la chaleur qui a été directement à l'origine de son décès, et qu'ellene serait pas décédée à cette date sans cet effet de la canicule. Cette très fréquente déclaration decauses directes est importante à appréhender, mais rend plus complexe l'analyse du poids des autrescauses de décès dans le niveau de la surmortalité générale.Outre ces causes directes, les autres pathologies ayant eu le poids le plus important dans l'excèsglobal de décès sont les maladies cardiovasculaires qui ont contribué pour 21% à l'accroissementgénéral de la mortalité, les états morbides mal définis (12%), les maladies de l'appareil respiratoire(9%) et les maladies du système nerveux (7%). La contribution du cancer a été seulement de 6%(alors que la mortalité par cancer représente habituellement 30% de la mortalité générale).
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Rapport
[Rapport de recherche] Institut national de la santé et de la recherche médicale(INSERM). 2004, 76 p., tableaux, graphiques, cartes
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Denis Hémon, Eric Jougla. Surmortalité liée à la canicule d'août 2003 : suivi de la mortalité (21 août - 31 décembre 2003), causes médicales des décès (1 - 20 août 2003). [Rapport de recherche] Institut national de la santé et de la recherche médicale(INSERM). 2004, 76 p., tableaux, graphiques, cartes. 〈hal-01571621〉

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